Lorsque les inventaires eurent lieu au début de 1906, cela provoqua un peu partout l'ire du peuple français. Dans les petits villages dominés par des municipalités conservatrices ou non, la plupart des habitants se dressèrent contre la main-mise de l'Etat vis-à-vis des édifices religieux. On assista en bien des endroits à de violentes manifestations populaires : barricades de chaises à Chanu (Orne), pièges à loups en Lozère, utilisation des abeilles en Ille-et-Villaine, dressage des ours en Ariège, etc... etc... L'Etat, non content de ces manifestations insurrectionnelles envoya l'armée réprimer les troubles : mais dans beaucoup de villages on assista soit à un renouveau de la chouannerie (cas de Dompierre dans l'Orne) ou à la révolte vendéenne de 1793.
La plupart des officiers de l'armée de terre, contraints d'agir au crochetage des portes d'églises, refusèrent d'obéir. Ils furent suspendus ou démissionnés de l'armée par l'autorité politique et cela suscitera en 1914, un certain émoi dans les rangs de la troupe : les généraux étaient incapables de commander le feu aux soldats envoyés sur la Marne ou dans le Nord. Joffre rappela les anciens militaires qui avaient été chassés au moment des inventaires et ceux-ci parvinrent à repousser l'ennemi hors du territoire national grâce à l'appui des Alliés anglo-américains.
Donc, si l'armée s'était soulevée en 1906, nul doute que le peuple l'aurait suivi dans son coup d'Etat. En 1906, la France vit sous un régime parlementaire instable, car à chaque instant, les gouvernements radicaux-socialistes tombent ou sont remplacés par le président de la République. En 1906, c'est Monsieur Armand Fallières qui dirige les affaires du pays.
Le contexte de l'époque ce sont ces émeutes populaires qui éclatent dans les grandes villes comme Paris (plus de 20 000 Parisiens contre les inventaires), Nantes avec plus de 20 000 personnes, Marseille, 15 000, Roubaix, 10 000 et autant à Brest, à Sainte-Anne-d'Auray et ailleurs. Les Français de 1906 aspiraient à la paix religieuse et ne souhaitaient pas la remise en cause du Concordat de 1801.